Nathalie Pitel sculpteur dans le Morbihan

Un rituel proche du chamanisme

J' apparente mon travail à un rituel. Je m’empare d’un crâne, ou d’une paire de cornes dans la pièce prévue à cet effet puis je la pose sur l’établi. S’en suit une réflexion, un croquis en 3 D se dessine peu à peu dans mon esprit, jusqu’à ce qu’elle soit assez limpide pur décrocher la torche du poste à souder. Chaque ligne de recuit est soigneusement coupée et triée par taille. Ce métal vient recouvrir le crâne comme une peau, une carapace. En encerclant le crâne de cette manière je le protège et dans un même temps je l’emprisonne. Il ne reste pas insensible à la chaleur de la soudure, il noircit, brule par endroit, des flammes sortent des yeux, je l’arrose abondamment, il se met à fumer. On pourrait se croire dans un rituel chamanique, les odeurs d’os brulés sont fortes, ça excite le chien au bout de l’atelier. A travers mon travail je choisis de théâtralisée la mort, je la déguise, je la maquille en gardant une importance à l’esthétique, comme dans une cérémonie, chaque chose a sa place et rien n’est laissé au hasard.

Comme si je cherchais à me créer et à figer des statuettes de croyance dans un monde où le temps a disparu au profit de l’instant et de la vitesse. Dans ce monde où le progrès est aveugle et les traditions disparaissent, pour laisser place à un dérèglement général activé par l’humanité, l’inhumanité.

Je pose la question du sacré, de l’objet trouvé par l’archéologue qui tout à coup devient un trésor et permet de connaitre notre passé, nos origines. D’où vient-on ?
Je tisse aussi des liens avec la taxidermie. La momification a toujours fasciné l’homme. Du temps de l’Egypte antique jusqu’à nos jours, on a essayé de garder les morts avec nous, et là aussi il y’a un rituel, funéraire.